Un scandale, des fractures calédoniennes, et une identité qui disparait
작성자Pr Jho작성시간26.06.19조회수5 목록 댓글 0Dans l'œil de
Par Nora Hamadi
Publié le vendredi 19 juin 2026 à 08:47
Dans l'oeil de Nora Hamadi : Un scandale, des fractures calédoniennes, et une identité qui disparait
Revue de presse du vendredi 19 juin 2026
C’est l’histoire d’un scandale d’état
Une histoire d’enfants arrachés, placés, à qui la république a menti…
Et c’est la chronique d’un début de réparation.
En der’ de Libération, Marie Germaine Perigogne se raconte.
Celle qui est née en 1963, se souvient de cet avion, « rempli d’enfants noirs ».
En septembre 1966, elle a trois ans et elle ne comprend pas bien.
Elle est d’abord placée dans une famille d’accueil, en Indre-et-Loire. Le Patriarche est violent, l’insulte, la frappe. Elle ne mange pas à sa faim.
Quatre ans plus tard, elle atterrit dans la Creuse.
Simone et Paul, un couple d’hôtelier restaurateur l’adopte.
Elle devient Valérie Lavaud.
Mais elle se rend bien compte que quelque chose ne tourne pas rond. Ses camarades l’appelle « blanche-Neige ou la négresse ». Sa peau brune semble raconter une autre histoire.
« Ma mère me montrait des photos en me disant : regarde ton papa aussi il était bronzé petit. À force de marteler, j’y ai cru. Je me voyais creusoise »
C’est à 16 ans que Valérie Lavaud découvre Marie Germaine Périgogne, née à bois de nèfle à la Réunion.
« Mon monde s’effondre. Je ressens un mélange de haine, de colère, de tristesse. Je ne sais même pas où est la réunion ».
C’est au début des années 2000, qu’elle apprend qu’une plainte contre l’État a été déposée pour « enlèvement et séquestration de mineurs ».
Ils sont donc des centaines. Des milliers.
Elle deviendra un pilier de ce long combat pour la reconnaissance.
Mardi, au Senat, Marie Germaine était présente dans l’hémicycle pour u vote historique.
Après des décennies de lutte, les sénateurs adoptent à l’unanimité, la possibilité d’indemniser les 2015 réunionnais arrachés à leur famille entre 1962 et 1984 et exportés dans des familles de l’Hexagone pour lutter contre la surpopulation à la Réunion et repeupler les territoires ruraux.
En 2004, Marie Germaine s’est installé à la réunion pour reconstruire le puzzle de sa vie, dit-elle. Elle a retrouvé des cousins, un parrain, a appris que sa mère était décédée peu de temps après sa naissance dans une pauvreté extrême. Mais son père, à 88 ans, est toujours en vie. « Les retrouvailles ont été exceptionnellement belles et émouvantes. On s’est pris dans les bras et on s’est mis à pleurer. »
Et ce sont des paroles de jeunes kanak, qui disent aussi les fractures
Toujours dans Libération, ce sont des paroles rares recueillies dans le cadre d’ateliers menés par cette très belle association qui s’appelle la ZEP, la zone d’expression prioritaire… Association que j’ai l’honneur de présider.
Thamotr à 18 ans. Il vit à Nouméa. Et il raconte : « mon oncle est éboueur, son fils l’est aussi, sa fille travaille dans un fast-food… Je ne vais pas mentionner le job de chaque membre de ma famille, ce serait assez répétitif. Mais peut-être est-ce utile de préciser que nous sommes Kanak.
Bizarrement, mon dentiste, mon médecin et mes profs, eux, sont Blancs. Comme si chaque classe sociale avait une couleur.
Depuis peu, j’ai déménagé dans le secteur de la vallée des colons, dans un quartier tranquille.
Je remarque aussi des frontières invisibles. Un jour ma petite sœur me dit : « Regarde ! ici c’est le coin des blancs et là-bas c’est le coin des Kanak ». D’un côté des enfants s’amusent sur les terrains de foot, des papas s’affrontent à la pétanque, des mamans jouent au bingo sur l’herbe…
À une vingtaine de mètres, d’autres enfants jouent au skate-park, des jeunes couples promènent leurs chiens et des femmes sont en boule sur des tapis… Dans des positions étranges… comme Chien tête ».
Pourtant, il n’y a aucun panneau d’interdiction, aucune barrière physique, c’est comme si on vivait dans le même pays, sans pour autant se côtoyer.
Maea 19 ans, évoque aussi le départ de sa sœur ainée pour l’hexagone.
« Sur le trajet, je ne voulais pas montrer ma peine. Je ravalais mes larmes, je voulais juste profiter des derniers moments la musique à fond. Sans ma sœur, je suis comme une vague perdue et elle est l’océan qui me ramène.
Elle part parce que la vie le lui impose. À 22 ans, elle ne trouvait pas de travail pour construire sa vie en Nouvelle-Calédonie. Avant ma sœur, j’ai vu partir en France la plupart de ma famille.
Il y a eu d’abord mon oncle en 2017, puis en 2023, mon autre oncle, ma tante, mes deux petits cousins avec qui j’ai grandi sont partis. La vie était trop chère. Après les émeutes en juin 2024, ma marraine, mon parrain, deux petits cousins et ma petite cousine sont partis. Leur maison a brûlé, ils ont tout perdu.
Une de mes meilleures amies part cette année pour ses études supérieures. Moi aussi, un jour j’aimerais partir.
Mais je ne sais pas si j’en suis capable, car il y a mes piliers ici et puis il y a mon île. »
Une ile malmenée qu’il faut parfois quitter pour bien vivre…
Et puis, il y a ceux qui ne peuvent que fuir…
Dans l’archipel polynésien du Tuvalu, situé entre l’Australie et Hawaï, juste au nord de Wallis et Futuna, c’est la chronique d’une disparition annoncée.
Ici, les habitants sont tous des réfugiés climatiques en devenir car le Tuvalu est condamné par la montée des eaux d’ici la fin du siècle.
Et c’est à lire dans Les échos week-end.
Alors, comment continuer d’exister quand sa nation disparaît ?
Les autorités ont négocié avec l’Australie.
En août 2024, un accord permet à 11 000 Tuvaluans de s’installer sur la grande île voisine au rythme de 280 personnes par an à partir de cette année. C’est en juin 2025, que les premiers visas de réfugiés climatiques ont été délivré par Canberra.
Tuvalu souhaite par ailleurs créer une nation virtuelle dans le metavers, un univers virtuel développé par Meta, maison mère de Facebook ou Instagram.
En attendant l’exportation du réel en voie d’extinction dans le metavers, Mary, Anna et Lester se retrouvent tous les dimanches.
A Melton, dans la banlieue de Melbourne, ils se réunissent dans une salle mise à disposition par une paroisse protestante, pour chanter.
Il chante en anglais, mais surtout en Tuvaluan.
Que reste-t-il d’une communauté quand sa nation s’efface ?
Sa langue, ses chants, ses habits floraux traditionnels, et cette petite communauté exportée qui continuent de faire exister ses traditions à 4000 kilomètres de ses terres, au milieu de 27 millions d’australiens.
Partir, s'extraire aux siens, c’est toujours arracher une part de soi…
Et cela rend sans doute encore plus fort la nécessité d’exister dans l’exil.