Les congés payés, les "trains rouges", les "petits" campings et la mort d'Y
작성자Pr Jho작성시간26.06.22조회수2 목록 댓글 0Dans l'œil de
Par Nora Hamadi
Publié le lundi 22 juin 2026 à 08:46
Dans la presse : les congés payés, les "trains rouges", les "petits" campings et la mort d'Yves Lacoste
Dans l'œil de Nora Hamadi du lundi 22 juin 2026.
Il y a 90 ans naissaient les congés payés. Être payé à ne rien faire ! En voilà une révolution. En juin 1936, le Front populaire décide d’accorder deux semaines de vacances à tous les salariés. Une mesure qui marquera l’histoire sociale de la France, et c’est à lire dans La Voix du Nord ce matin.
En 1936, une grande grève secoue le printemps. Les congés payés sont l'une des revendications des grévistes. Le 8 juin, patronat et exécutif s'entendent sur une sortie de crise rapide. Ce seront donc les congés payés, la semaine de travail de 40 heures, les élections de représentants syndicaux… L’été 1936 ouvre le droit à la coupure. Pour la première fois, pour tous, c’est du temps pour soi. Jusqu’ici, les vacances, c’était un privilège de fonctionnaires, de professions libérales, de bourgeois.
« Être payé 15 jours par le patron à ne rien faire, c’était révolutionnaire, ça a changé l’ouvrier ! », témoignait Alphonse, mineur d’Hénin, en 1986, lors des 50 ans de la mesure.
Mais il ne suffit jamais de décréter un droit pour que les citoyens l’exercent… Une grande partie des Français vont se retrouver penauds, comme des oiseaux en cage qui n’osent pas la quitter alors que la porte est ouverte, lirez-vous. Il faudra du temps pour oser partir. Mais les ouvriers étirent les dimanches : ils vont à la pêche, au bal, profitent de leurs proches, jardinent, bricolent.
Il faudra attendre l’été 37 pour voir la démocratisation en marche
700 000 billets à tarif préférentiel seront vendus cet été-là. Direction la Côte d’Opale, la mer du Nord ou plus loin encore. « Avec mon mari, on a voulu voir la montagne. On a pris deux billets pour aller en Auvergne » racontait Adrienne, en 2006.
Et puis il y a ceux qui partent en vélo, ou en tandem. « On parcourait jusqu’à 80 km par jour, on dormait dans les fermes, on ne quittait pas notre vélo », se souvenait Antoine de Nœux-les-Mines. « On campait n’importe où, on est allé au bord de la Marne, faire des bains de minuit… à poil », se souvient René du Cambraisis.
Dans les stations balnéaires, c’est aussi la fuite. Aristocrates et bourgeois, jusqu’ici habitués à l’entre-soi confortable, déguerpissent en voyant arriver « les congés payés ». Déjà, on fustige un tourisme de masse et on dénigre « les trains rouges » forcément bondés de bolcheviks. Il y aura eu quatre étés d'insouciance, de découvertes, de coups de soleil et de crèmes glacées…
1939… La Seconde Guerre mondiale a renvoyé les oiseaux en cage.
Et c’est en 1945 qu’un organisme va changer la donne…
C’est au sortir de la guerre que le droit aux vacances se dessine. Un droit qu’il faut bâtir, accompagner… Mais comment apprendre à partir, quand partir est intimidant ?
Ce sera alors la création des comités d’entreprises… et 90 ans plus tard, ils façonnent encore les vacances des salariés et c’est à lire dans La Croix.
« Les entreprises, même les plus paternalistes, concentraient leurs œuvres sociales et culturelles sur la santé ou le sport, une façon de prendre soin de la force de travail, plutôt que sur les vacances, trop éloignées de leur objet premier, explique l’historienne Laure Machu. Les comités d’entreprise s’en sont alors emparés ! Contrôlés par les représentants des salariés et sous l’impulsion de la CGT, longtemps majoritaire, il fallait ménager un entre-soi avec des loisirs ouvriers et proposer des séjours dans des lieux prisés de la bourgeoisie comme la Côte d’Azur ou la Haute-Savoie, en imitant aussi ses pratiques, comme la découverte du patrimoine ».
C’est donc une forme d’éducation populaire aux vacances que les comités d’entreprise ont forgée. Depuis, l’offre a bien changé, les comportements se sont individualisés et l’offre des comités sociaux et économiques s’est diversifiée.
Mais à l’aube de l’été 2026, où est passé la philosophie des vacances ?
Au-delà de la consommation de loisirs, de séjours, à quoi bon ces quelques semaines ? « Les syndicats n’ont plus de discours sur le sujet depuis des décennies » déplore Lilian Nobilet, le délégué général de l’Union nationale des associations de tourisme et de plein air…
90 ans après les congés payés, et à l’heure où près d’un citoyen sur deux ne part pas… il serait bienvenu de réhabiliter un droit aux vacances…
Et si on partait en camping ? Claude et Martine, 70 ans sont partis de Nogent-le-Rotrou, direction le Calvados pour ce week-end caniculaire de fête de la musique. Les chanceux ont trouvé une place au camping de La Ferme à Lion-sur-Mer, où Patricia le Chevalier, la propriétaire a refusé du monde. « Il y a de l’air, la mer, pas loin, on est bien », raconte Martine « quand on cherche un endroit, on n’aime pas le côté machine à sous des campings 4 ou 5 étoiles. »
Ces établissements 1 ou 2 étoiles sont souvent pris d’assaut et c’est à lire sur le site du Monde. La patronne assume : « une seule étoile, ça nous suffit. On se dit que ça doit plaire parce que l’été on est complet tout le temps et on a de bons commentaires ». Ici, la nuitée est à 20€, et on peut acheter du cidre, des œufs, et quelques légumes et confitures proposés par la ferme attenante.
Depuis quelques années, les campings n’ont jamais été aussi populaire. +4,5% de nuitées en un an. Pourtant, ces petits campings, eux, sont en voie de disparition. Ces dix dernières années, leur nombre a baissé de 41 %. Notamment des campings municipaux.
Certains se sont transformés en aires pour camping-cars, poussés par la mode de la "Van Life". D’autres sont montés en gamme. Le nombre de campings 4 ou 5 étoiles a explosé ces dix dernières années.
Piscine, bar, restaurant, mobil-home… Cette fois, la nuit peut monter à une centaine d’euros. Et tant pis pour les plus modestes.
Et enfin, toujours dans Le Monde, c’est la disparition du père de la géopolitique française.
Yves Lacoste est décédé ce 20 juin à 96 ans
Ce fils de géologue est né à Fès en 1929. Une trajectoire dans la France coloniale qui le marque profondément.
Major à l’agrégation de géographie, il choisit le lycée Bugeaud d’Alger, où il découvre la violence de la situation coloniale algérienne. Il prendra des positions très critiques sur le fait colonial, avant d’explorer les enjeux de sous-développement et devenir un spécialiste de ce qu’on qualifie le « tiers-monde ».
Celui qui étirera les frontières de la géographie vers la géopolitique, créa en 1976 la revue Hérodote… qui a fêté ses 50 ans il y a quelques semaines.
Un grand témoin du siècle.