Proposition de loi sur le cadmium : succès écologiste et danger du RN
작성자Pr Jho작성시간26.06.06조회수4 목록 댓글 0Éditorial
Proposition de loi sur le cadmium : succès écologiste et danger du RN
Le Monde
Le texte qui vise à réduire la teneur maximale en cadmium dans les engrais phosphatés a été adopté par la gauche et le bloc central. Le Rassemblement national, qui a voté contre, montre une nouvelle fois son désintérêt pour les questions de santé publique.
Publié aujourd’hui à 10h30 Temps de Lecture 2 min.
C’est une première étape qu’il faut saluer. Mercredi 3 juin, l’Assemblée nationale a adopté un texte visant à « réduire les risques sanitaires liés aux contaminations » au cadmium, ce métal hautement toxique – classé cancérogène depuis 1993 – présent dans nombre d’aliments et que l’on retrouve dans le chocolat, les céréales du petit déjeuner, le pain, les pâtes ou encore les pommes de terre. Pour rappel, 47 % de la population française et 100 % des enfants âgés de 2 ans à 3 ans sont déjà exposés à des niveaux de cadmium qui dépassent le seuil critique. C’est trois à quatre fois plus que nos voisins européens. Depuis 2021, Santé publique France alerte sur le lien avec l’explosion des cancers du pancréas en France.
Cette proposition de loi était portée par Benoît Biteau et Clémentine Autain, députés appartenant au groupe Ecologiste, et soutenue par de nombreuses initiatives citoyennes. Le texte, qui doit désormais être examiné par le Sénat, où la droite est majoritaire, fixe une trajectoire de réduction de la teneur maximale en cadmium autorisée dans les engrais phosphatés à 40 mg/kg à partir de 2027 et à 20 mg/kg à l’horizon 2030.
Il a été adopté, dans un hémicycle clairsemé à droite, par 144 voix contre 22. Toute la gauche a logiquement voté en sa faveur, tout comme les groupes du bloc central (Renaissance, Horizons et MoDem), et ce malgré l’avis négatif du gouvernement, qui reconnaît cependant, par la voix de Mathieu Lefèvre, ministre délégué à la transition écologique, « la surimprégnation [au cadmium] de la population française ». Ce dernier défendait une baisse moins rapide, pour éviter une perte de compétitivité de l’agriculture française face à ses concurrents étrangers. Seuls le Rassemblement national (RN) et une députée Les Républicains ont voté contre le texte.
Défense de l’industrie agro-alimentaire
L’adoption de cette proposition de loi constitue une victoire politique et symbolique pour les écologistes, même si on ne sait pas ce qu’il adviendra du texte à l’issue de son parcours législatif. En acceptant d’adoucir leur texte, les députés Verts ont fait preuve d’un pragmatisme bienvenu sur un enjeu majeur. La première version, déposée fin 2025, interdisait les engrais phosphatés contenant du cadmium. En revenant sur cette position et en choisissant une stratégie de réduction par étapes, Mme Autain et M. Biteau ont su convaincre au-delà de leur camp politique.
Steevy Gustave, Benoît Biteau et Clémentine Autain, députés du groupe Ecologiste, participent à une manifestation sur l’esplanade des Invalides, à Paris, le 2 juin 2026, avant un débat à l’Assemblée nationale sur leur proposition de loi visant à limiter l’exposition au cadmium. SIMON WOHLFAHRT/AFP
Par effet de contraste, le RN apparaît en décalage. Les députés du parti d’extrême droite sont systématiquement en défense des revendications de l’industrie agro-alimentaire. Ils prennent ainsi toujours le contre-pied des positions émanant de « la gauche écologiste », qu’ils accusent de vouloir « punir » les Français. Les élus du groupe de Marine Le Pen sont, par exemple, opposés aux éoliennes, aux zones à faibles émissions, refusent toute idée de fiscalité environnementale, rejettent l’interdiction de certains additifs dans la charcuterie.
Ils ont également soutenu, en 2025, la proposition de la loi Duplomb, qui prévoyait notamment la réintroduction d’un insecticide néonicotinoïde, avant que le Conseil constitutionnel ne censure cette disposition. Plus récemment, dans le cadre des débats sur le projet de loi agricole, leurs amendements défendaient, entre autres, l’usage de pesticides, ou encore l’épandage par drones. Par ses votes et ses propositions sur les questions de santé publique, le RN donne à voir le danger que représenterait sa politique si jamais il arrivait au pouvoir en 2027.