Éditorial
Economie et xénophobie : le double danger du RN
Le Monde
Les dissensions qui existent entre Jordan Bardella et Marine Le Pen sur le dossier des retraites illustrent le caractère secondaire des questions économiques au sein du parti d’extrême droite, dont le cœur du programme reste la lutte contre l’immigration.
Publié aujourd’hui à 11h30 Temps de Lecture 2 min.
Les divergences entre Marine Le Pen et Jordan Bardella sur le dossier des retraites sont tout sauf anecdotiques. Elles sont le signe majeur de l’impréparation du Rassemblement national (RN), à un an de l’élection présidentielle, tout autant qu’un rappel de la vraie nature, d’extrême droite, de ce parti.
Depuis 2022, Marine Le Pen défend une réforme prévoyant un âge légal de départ de 60 à 62 ans en fonction de l’entrée sur le marché du travail. Son coût a été estimé, en 2024, à 9 milliards d’euros, financés notamment par les mesures anti-immigration, la fin de la contribution à l’Union européenne, la simplification administrative et la lutte contre la fraude sociale et fiscale.
Jordan Bardella, quant à lui, est revenu sur cette ligne depuis la fin du mois de mai, et propose une modification de fond de la proposition de Mme Le Pen. Selon le trentenaire, il faudrait abandonner toute référence à un âge légal de départ à la retraite et accoler au système par répartition une part de capitalisation.
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Le parti d’extrême droite, qui bénéficie d’un solide socle électoral, est vu comme l’un des favoris pour la présidentielle de 2027. Qu’il ne soit pas capable de parler d’une seule voix sur un dossier aussi important et structurant que les retraites prouve son manque de travail en amont et son incapacité à produire une synthèse politique entre deux courants internes. Ainsi, le RN attend le 7 juillet, et la décision de la cour d’appel de Paris dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national (FN, ancêtre du RN) pour savoir si Marine Le Pen sera candidate ou non en 2027 et quelle réforme des retraites le parti défendra devant les Français.
Formations « attrape-tout »
Ces atermoiements confirment que l’économie n’est finalement qu’une question accessoire au RN, malgré sa volonté d’apparaître comme un parti pouvant gouverner. Cette légèreté paraît d’autant plus inquiétante que la France se dirige vers une probable récession et que son endettement est inédit. Elle renforce les doutes sur la capacité du parti à appréhender cette situation.
Marine Le Pen, présidente du groupe parlementaire du Rassemblement national, lors de l’examen du projet de loi de finances de la sécurité sociale pour 2026 à l’Assemblée nationale. A Paris, le 8 novembre 2025. STEPHANE DE SAKUTIN/AFP
Les formations d’extrême droite ont cette particularité d’être plastiques, d’épouser les humeurs du moment. D’être aussi des formations « attrape-tout », par un discours se voulant à la fois social et libéral, fait pour séduire les classes populaires et les classes moyennes. Ainsi, leur programme économique n’est jamais figé, il s’adapte en permanence en fonction du contexte, passant de l’ultralibéralisme dans les années 1980 au protectionnisme et à l’interventionnisme étatique si le contexte l’exige. Ce fut le cas quand Marine Le Pen a pris la direction du FN en 2011. Il en est de même concernant la sortie de l’euro, longtemps proposition centrale de Mme Le Pen, lors des présidentielles de 2012 et 2017, que cette dernière a finalement abandonnée.
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De fait, le vrai cœur du programme et du vote Rassemblement national – comme l’a encore montré en janvier le baromètre sur les idées du RN réalisé par Verian pour Le Monde – est ailleurs. C’est la préférence nationale, jugée contraire à la Constitution par le Conseil constitutionnel en 2024, et ses mesures de lutte contre l’immigration. Citons, par exemple, la restriction du regroupement familial, la suppression des allocations familiales pour les ménages étrangers, la suppression de l’aide médicale de l’Etat, la suppression du droit du sol.
Le RN est ainsi doublement dangereux : par ses propositions xénophobes d’abord. Mais également par son inconsistance sur les sujets économiques.