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Meurtre de Lyhanna : la cause des enfants n’a que faire des fausses réponse

작성자Pr Jho|작성시간26.06.20|조회수7 목록 댓글 0

Éditorial


Meurtre de Lyhanna : la cause des enfants n’a que faire des fausses réponses 

 

Le Monde

 

Pour éviter qu’une telle tragédie se reproduise, les responsables politiques ont toute légitimité à émettre des propositions. Mais derrière la profusion d’idées hors sujet se profile surtout le choix d’utiliser l’émotion populaire pour entretenir une visibilité de présidentiable, voire de régler ses comptes avec la justice.

 

Publié aujourd’hui à 11h30 Temps de Lecture 2 min.

 

La découverte, le 4 juin, dans le Gers, du corps de Lyhanna, 11 ans, abandonné dans un silo à grains, est si intolérable, la colère qu’elle a provoquée est si vive et durable qu’il est normal que chacun soit à la recherche de réponses pour éviter à tout prix la répétition d’un tel drame. Des collectifs féministes, qui soulignent le parallèle entre les violences faites aux femmes et celles dont sont victimes les enfants, aux associations de victimes, qui dénoncent les lenteurs de la justice, chacun a son rôle pour nourrir la mobilisation contre le fléau immense mais méconnu des agressions sexuelles sur mineurs.

On attend aussi des responsables politiques qu’ils tirent les enseignements des éventuels dysfonctionnements dans le traitement des plaintes visant Jérôme Barella, suspecté de l’enlèvement et du meurtre de Lyhanna, sur lesquels un rapport d’enquête administrative doit faire la lumière, lundi 22 juin. Sans attendre cette publication, certains candidats à l’élection présidentielle ont émis des propositions. C’est tout à fait légitime, dans la mesure où celles-ci ont un lien réel avec la tragédie du Gers.

Mais la proposition de Bruno Retailleau (Les Républicains) de contraindre « les individus les plus dangereux » à une « castration chimique » est-elle une réponse pertinente ? En quoi l’idée de Gabriel Attal (Renaissance) de « supprimer le juge d’application des peines » apporte-t-elle la moindre solution ? En quoi la remise en cause par Edouard Philippe (Horizons) du droit des magistrats à se syndiquer ou sa proposition de rétablir le pouvoir du garde des sceaux de donner des instructions individuelles aux procureurs pourraient-elles empêcher qu’un meurtre comme celui de Lyhanna se reproduise ?

 

Régression de l’Etat de droit

Cette dernière question apparaît caricaturale. Elle supposerait, pour avoir un sens, que les 70 000 procédures ouvertes pour des violences sur mineurs « remontent » au ministre de la justice qui donnerait alors ses directives. En réalité, le retour aux instructions individuelles, supprimées en 2012, en replaçant la justice sous la tutelle des politiques, signerait une régression de l’Etat de droit dont les justiciables feraient les frais. Un projet de loi constitutionnelle visant à aligner le processus de nomination des procureurs sur celui des juges et à empêcher des nominations politiques après la présidentielle de 2027, dont Emmanuel Macron a promis le vote, est d’ailleurs bloqué par l’opposition de la droite.

Lors d’une réunion publique organisée afin de répondre aux interrogations sur le traitement judiciaire des violences faites aux mineurs, au tribunal judiciaire de Meaux (Seine-et-Marne), le 17 juin 2026. CAMILLE GHARBI POUR « LE MONDE »

 

Derrière la profusion de propositions hors sujet se profile surtout le choix d’utiliser l’émotion populaire pour entretenir une visibilité de présidentiable, voire de régler ses comptes avec une justice désormais sans complaisance à l’égard des politiques. Tel est le cas de Marine Le Pen (Rassemblement national), qui, peu loquace sur la question des violences sur les enfants, a vu dans le choc provoqué par le meurtre de Lyhanna l’occasion de fustiger une justice guidée par l’« idéologie ».

La cause de la protection des enfants, grande oubliée des politiques publiques, n’a pas besoin de fausses réponses. Le rejet de toute démagogie ne doit cependant pas aboutir à l’inaction. Une grande politique englobant la prévention des atteintes aux mineurs, notamment au travers de l’éducation, le signalement et la répression des délinquants sexuels doit être lancée. Elle passe par la mise en œuvre, trop longtemps retardée, des propositions émises en 2023 par la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Non par l’exploitation électorale du drame qui horrifie la France.

Lire aussi | Article réservé à nos abonnés Mort de Lyhanna : l’affaire relance le débat sur les moyens de la justice

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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