MeToo cinéma : vestiges d’une époque ou défaillances d’un milieu ?
작성자Pr Jho작성시간24.02.22조회수13 목록 댓글 0France Culture va plus loin (l'Invité(e) des Matins)
Jeudi 22 février 2024
MeToo cinéma : vestiges d’une époque ou défaillances d’un milieu ?
En 2020, la consécration de Roman Polanski aux Césars avait provoqué la colère des associations féministes ©Getty - Aurelien Meunier
Depuis plusieurs mois, le cinéma français est secoué par une succession de révélations. Alors que les actrices sortent du silence pour dénoncer emprise et violences sexuelles, le secteur ferait-il enfin son Metoo ? A la veille des Césars, état des lieux d'un milieu en proie au doute.
Avec
- Alma Jodorowsky Actrice
- Zita Hanrot Comédienne
- Florence Borelly
- Samuel Douhaire Journaliste critique cinéma
L'importance de la solidarité
L’ADA, l’association des acteur.ices, transféministe et antiraciste, est née il y a deux ans de la nécessité d’échanger collectivement selon ses membres. Zita Hanrot, actrice et co-fondatrice de ce collectif revient sur cette nouvelle forme de solidarité : “on a ressenti le besoin de se rencontrer et d'échanger ensemble sur des situations de violence et d'injustice auxquelles on pouvait être confronté dans notre métier. Cette solidarité en jeu au sein de l'ADA est primordiale, car c'est grâce à celle-ci qu'on casse des réflexes de domination et qu’on peut sortir de l'isolement. Nous sommes comme des sœurs qui s'encouragent, qui se portent et qui prennent la parole ensemble”.
Même si ces réunions ont lieu entre femmes, Alma Jodorowsky, actrice et également membre de l’association, évoque l’importance d’une discussion ouverte avec les hommes et d’autres corps de métier du cinéma : “de temps en temps, on a des réunions mixtes car on essaye aussi d’avoir une place à la table des discussions qui animent notre milieu, que ce soit avec des syndicats, des agents, des producteurs, et puis tous les nouveaux métiers qui émergent, comme des coordinatrices d'intimité. On invite ces personnes à discuter avec nous et à réfléchir collectivement à tous ces sujets”.
L'ADA est également un collectif engagé sur les questions d’inégalité et de discrimination raciale : “j'ai remarqué qu'aucune actrice non blanche n'avait jamais reçu le César de la meilleure actrice. Pourquoi cette absence ? Ces femmes, elles existent et elles ont des histoires passionnantes à raconter”, souligne Zita Hanrot.
À écouter : Monia Aït El Hadj, coordinatrice d'intimité, un métier du cinéma post-#MeToo
Un regard qui change progressivement
Cette prise de parole de la part des actrices a permis un changement de regard dans d’autres métiers touchant au monde du cinéma. Florence Borelly, productrice de films et membre du Syndicat des Producteurs Indépendants, explique en quoi ce milieu est particulièrement prédisposé aux abus : “lors d'un tournage, nous allons nous retrouver collectivement entre techniciens, artistes, producteurs, productrices, réalisateurs, réalisatrices, dans un temps très court à fabriquer une œuvre cinématographique finale. C'est un microcosme particulier, parce que la frontière entre la vie professionnelle et la vie privée est extrêmement ténue. Pendant six, huit, ou dix semaines parfois, des dizaines de personnes se retrouvent ensemble à fabriquer une œuvre d'art, souvent éloignées de leur lieu de vie, de leurs proches et sous la responsabilité de deux personnes qui sont le/la producteur.rice et le/la réalisateur.rice. Cet éloignement des repères habituels fait que les rapports psychosociaux sont assez particuliers. De plus, il y a la dimension économique qui est très importante pour un producteur ou une productrice. On fonctionne sur un système de préfinancement, c'est-à-dire qu'on s'engage à livrer un film. A partir du moment où vous commencez votre production, vous devez la terminer”.
Malgré ces impératifs économiques, les mentalités évoluent : “j'avais une position assez à l'ancienne, qui était que l'œuvre cinématographique ne concernait pas une seule personne. Donc, pourquoi finalement punir, d'une certaine manière, toute une équipe ? Mais aujourd'hui, mon regard a changé”.
Lors de la diffusion d’un film, la presse a aussi sa part de responsabilité. Samuel Douhaire, rédacteur en chef cinéma chez Télérama, revient sur les évolutions au sein de la critique, qui aujourd’hui contextualise davantage : “je commençais à écrire ma critique du film "Le Grand chariot", quand nous avons appris qu'il y avait une enquête sur les plaintes de jeunes actrices contre Philippe Garrel pour agression ou harcèlement sexuel. Évidemment, dans mon texte, j'ai parlé de cette plainte, même si elle ne concernait pas ce film. C'était impossible de ne pas en parler. Moi-même et Télérama auraient paru complètement hors-sol par rapport à ce qui se passait dans le débat public”.