Recueillir la parole des victimes : que nous apprend l'affaire Bruel ?
작성자Pr Jho작성시간26.06.11조회수6 목록 댓글 0L'Invité(e) des Matins
Par Guillaume Erner
Publié le jeudi 11 juin 2026 à 07:42
Recueillir la parole des victimes : que nous apprend l'affaire Bruel ?
Le parquet a requis hier la détention provisoire contre Patrick Bruel "pour des faits de viols, tentatives de viols, agressions sexuelles et harcèlement sexuel concernant neuf victimes". Parmi ces neuf dossiers, sept avaient été classés sans suite par la justice.
Avec
Marine Turchi
Journaliste au service enquête de Mediapart
Pauline Chanu
Documentariste et autrice
Neuf dossiers ont permis à la justice de se saisir de l’affaire Bruel menant il y a deux jours à la garde à vue du chanteur. Parmi ces neufs dossiers, sept d’entre eux avaient déjà été classés sans suite par la justice. Comment mieux entendre la parole des victimes ? Discussion avec la journaliste à Mediapart Marine Turchi, qui a enquêté sur l'affaire Patrick Bruel, et la documentariste et autrice Pauline Chanu, qui a publié Sortir de la maison hantée (La Découverte), qui vient de recevoir le Grand Prix des Lectrices ELLE 2026 dans la catégorie non fiction.
Prédation et abus de pouvoir
Marine Turchi invite interroger nos réactions face aux affaires de violences sexuelles : "Il faut en finir avec la surprise, il faut arrêter d’être surpris quand des affaires de violence sexuelle surgissent, parce qu’en réalité, il n’y a pas un profil type, c’est tous les milieux sociaux, c’est tous les profils." Face à l’incompréhension suscitée par les accusations visant une personnalité aussi populaire que Patrick Bruel, elle souligne que "ces affaires de violences sexuelles ne sont pas des affaires de pulsions sexuelles, mais des affaires de domination, d’abus de pouvoir". Elle explique que le chanteur est accusé "d’avoir abusé de sa notoriété et de son pouvoir pour obtenir des faveurs sexuelles".
La journaliste insiste sur le profil des plaignantes : "Ces femmes, le point commun, c’est qu’elles n’avaient pas de pouvoir, ce sont des figurantes, ce sont des masseuses, ce sont des costumières, ce sont des chanteuses en début de carrière (...), ce sont des gens qui n’ont pas de pouvoir par rapport à cette star qu’est Patrick Bruel depuis les années 90." Elle ajoute que plusieurs témoignages rapportent la même logique d’intimidation :"Plusieurs femmes disent : 'il m’a dit, personne ne te croira, tu n’es personne, je suis Patrick Bruel'."
Recueillir et vérifier la parole des victimes
Marine Turchi explique qu'elle enquêtait déjà sur Patrick Bruel en 2018, mais que le recueil des témoignage se fait dans le temps long : "À l’époque ce n’était pas le moment pour ces femmes de parler (...), elles avaient peur, pour le dire simplement, d’être rayées de la carte, d’e subir des conséquences professionnelles." Certaines femmes refusent ainsi longtemps de parler : "Il faut respecter aussi ce non parfois, c’est très difficile de prendre la parole contre le chanteur le plus populaire français" ; concernant Daniela Elstner, " j’ai attendu sept ans, je l’ai recontactée l’année dernière (...), ça a été le moment pour elle de cheminer vers une parole publique".
La journaliste insiste sur le travail de vérification qui suit le recueil des témoignages : "On va vérifier tous les lieux, les dates qu’elles nous donnent (...), je leur demande leur fiche de paye ou leur contrat ou des mails qui attestent de leur présence." Elle poursuit : "Je vais tout vérifier, et c’est important parce que parfois il y a même des erreurs de date et c’est normal trente ans après." Le travail consiste aussi à retrouver les témoins et les proches : "Si une personne me dit : 'j’en ai parlé à mon collègue, à ma meilleure amie, à mon conjoint', évidemment qu’on va aller voir ces personnes pour voir si déjà à l’époque elles en avaient parlé (...), c’est un travail très long."