Les Enjeux internationaux
Publié le lundi 22 décembre 2025 à 07:17
Aide humanitaire : la solidarité à l’épreuve de l’ingérence
Des membres de la Croix-Rouge de la République démocratique du Congo (RDC) interviennent à l'entrée de la ville d'Uvira, le 13 décembre 2025. ©Getty - Jospin Mwisha
Face aux attaques auxquelles l’aide humanitaire fait face, quel est le rôle des différents acteurs mondiaux pour répondre aux critiques et adapter l’aide tout en continuant de soutenir les populations vulnérables ?
Avec
- Marc-Antoine Pérouse de Montclos, politologue, Directeur de recherche de l'IRD
La semaine dernière, Israël a interdit l’accès à Gaza à quatorze ONG, avec l’objectif d’écarter celles jugées « hostiles » ou « sympathisantes du terrorisme ». Une décision dénoncée par de nombreuses organisations, comme Médecins Sans Frontières, dans un contexte global où l’action humanitaire traverse une crise profonde, largement fragilisée par les coupes budgétaires imposées, aux États-Unis, par l’administration de Donald Trump. Que sait-on déjà des conséquences concrètes des coupes budgétaires dans l’aide humanitaire ?
Une crise ancienne de l’humanitaire, entre principes et instrumentalisations
Pour Marc-Antoine Pérouse de Montclos, politiste et spécialiste des conflits armés, la remise en cause de l'humanitaire n’est pas nouvelle : les principes fondateurs de l’humanitaire (neutralité, impartialité, non-discrimination) sont régulièrement mis à l’épreuve par les logiques de guerre et de pouvoir. « Ces principes fondamentaux se retrouvent dans la Charte de l’humanitaire, incarnée par la Croix-Rouge internationale et les conventions de Genève de 1949, qui font obligation aux belligérants de laisser passer l’aide alimentaire et médicale », rappelle-t-il.
Mais la pratique s’éloigne souvent de la théorie. Dès la guerre froide, certaines ONG ont été instrumentalisées, voire créées de toutes pièces à des fins politiques ou militaires. Les premiers qui ont instrumentalisé des ONG, voire qui les ont fabriquées de toutes pièces, ce sont les États-Unis, qui ont monté des organisations bidons pour intervenir dans certaines zones marxistes, l’aide humanitaire est devenue « un enjeu stratégique pour les belligérants » explique-t-il, elle est exposée à de constantes tentatives de manipulation.
ONG, conflits armés et nouvelles formes de défiance
L’entretien revient aussi sur les polémiques liées au détournement de l’aide par des mouvements armés, notamment au Proche-Orient. Marc-Antoine Pérouse de Montclos insiste sur la diversité du monde humanitaire, souvent réduit à une vision occidentale. « Il faut voir qu’il y a beaucoup d’ONG du Sud qui existent également, et que certains mouvements de lutte armée ont créé leur propre branche humanitaire pour capter les ressources de la communauté internationale et soutenir leur combat », explique-t-il, évoquant aussi les trajectoires inverses du Hamas ou du Hezbollah, issus d’un dense tissu caritatif avant de devenir des organisations politico-militaires.
Enfin, il éclaire les ruptures récentes : la fin brutale de USAID sous Donald Trump et la militarisation de l’aide après le 11 septembre. « Ce qui est frappant avec la présidence Trump, c’est le caractère extrêmement abrupt : on met un terme à des agences, on interrompt des programmes en cours, et on viole des contrats », analyse le politiste. Une évolution qui s’ajoute à un débat toujours ouvert sur l’efficacité réelle de l’aide humanitaire : « La seule façon de savoir si l’aide est efficace ou non, c’est d’aller sur le terrain, d’assumer les détournements quand ils existent et de les documenter précisément. »