Les Enjeux internationaux
Par Guillaume Erner
Lundi 8 juin 2026
Cuba : l’ultimatum économique de Trump
Après l’expiration de l’ultimatum américain visant GAESA, plusieurs groupes hôteliers quittent Cuba et les paiements Visa et Mastercard sont suspendus, accentuant la crise et la pression sur le régime. Le régime cubain pourra-t-il résiste à la pression américaine ?
Avec
Vincent Ortiz
Economiste, chercheur post-doctorant rattaché au CREDA, rédacteur en chef adjoint du média Le Vent Se Lève
Vendredi 5 juin marquait l’expiration de l’ultimatum lancé par Washington aux entreprises étrangères entretenant des relations avec le conglomérat militaire cubain GAESA. Les premiers effets se font déjà sentir : plusieurs groupes hôteliers ont annoncé leur départ de l’île, tandis que les paiements par Visa et Mastercard sont désormais suspendus. Cette nouvelle escalade intervient alors que Cuba traverse l’une des crises les plus graves de son histoire récente. Après avoir résisté pendant plus de soixante ans à l’embargo et aux sanctions américaines, le régime castriste est-il encore en mesure de résister à la pression américaine ?
L’intensification des sanctions américaines con tre Cuba
Vincent Ortiz explique que l’ultimatum lancé par Washington "consistait à intimer aux entreprises étrangères de rompre tout lien avec le conglomérat militaire GAESA", un acteur central du tourisme, du commerce extérieur et du système financier cubain. En obligeant les entreprises étrangères à rompre leurs liens avec ce groupe, les États-Unis cherchent à réduire les entrées de devises dont dépend fortement l’État cubain. Cette politique s’inscrit dans une stratégie plus large des États-Unis qui vise à "assécher les devises dont pourrait bénéficier l'État cubain" afin de fragiliser économiquement le régime et à favoriser un changement politique sur l’île.
Les effets des sanctions se traduisent par un effondrement de plusieurs indicateurs économiques. Le tourisme connaît une chute spectaculaire avec "une division par 6 du nombre de touristes sur l'île" en avril 2026 par rapport à avril 2025, explique Vincent Ortiz. Il précise également que le peso s’est fortement déprécié et "a perdu la moitié de sa valeur en deux ans". Dans le même temps la situation sociale se dégrade, comme l’illustre la hausse de la mortalité infantile : "Cuba a atteint un taux de 10 pour 1000 en 2025, ce qui est un chiffre deux fois plus élevé qu'il n'y a même pas dix ans". Vincent Ortiz explique que selon un rapport du CEPR cette aggravation est directement liée aux sanctions américaines : "on peut lier l'accroissement des sanctions contre Cuba au décès d'environ 2000 enfants de moins d'un an".
Une pression extérieure qui renforce les tensions politiques
Dans le contexte actuel, "les antagonismes actuels vont s'accroitre" entre Cube et les États-Unis, qui visent "un changement de régime sur l'île". Néanmoins, malgré les difficultés économiques et l’impopularité du président Miguel Díaz-Canel, "les sanctions ne contribuent pas à affaiblir le système politique cubain dirigé par le Parti communiste" et au contraire elles "tendent à rendre le rôle de l'État cubain de plus en plus prégnant et indispensable dans la vie quotidienne". Au final, Vincent Ortiz explique que ces sanctions "provoquent un réflexe patriotique au sens large, qui va bien au-delà du soutien ou pas au système dirigé par le Parti communiste et à la révolution cubaine" et alimentent l’anti-américanisme.
Cependant, la politique américaine est soutenue par une partie importante de la diaspora cubaine installée aux États-Unis, qui représente "un groupe électoral assez important" particulièrement influent au sein du Parti républicain, précise le chercheur. Cette mouvance, incarnée notamment par Marco Rubio, défend une ligne dure à l’égard de La Havane avec une grande partie "qui souhaite un changement de régime sur l'île" notamment "pour retrouver des propriétés qui ont été récupérés par l'État cubain suite à la révolution", précise l'économiste. Les sanctions, les inculpations de dirigeants cubains et les menaces répétées alimentent l’idée qu’un changement de régime demeure l’objectif prioritaire de Washington.