Les Enjeux internationaux
Par Guillaume Erner
Publié le jeudi 11 juin 2026 à 07:17
La Californie peut-elle taxer ses milliardaires ?
La Californie, État le plus riche des États-Unis et berceau de la Silicon Valley, s'apprête à voter sur une taxe exceptionnelle de 5 % sur la fortune de ses milliardaires, au nombre de 250. Quels sont les risques pour le modèle économique de l'État ?
Avec
François Geerolf
Economiste à l’OFCE, enseignant à l’Ecole Nationale des Ponts et Chaussées
Le plus riche des États-Unis, la Californie – berceau de la Silicon Valley –, va se prononcer ce dimanche sur une taxe exceptionnelle de 5 % sur la fortune de ses milliardaires. Ils ne sont en réalité qu'environ 250, mais concentrent une fortune de plus de 2 000 milliards de dollars. Si les partisans de cet impôt soulignent l'ampleur des recettes fiscales qu'il pourrait rapporter dans un contexte de resserrement budgétaire massif, ses opposants dénoncent quant à eux un risque d'exil fiscal et une menace pour l'attractivité de la Silicon Valley. La Californie peut-elle taxer ses milliardaires sans affaiblir son modèle économique ?
Une taxe exceptionnelle qui n'exclut pas tout risque d'exil fiscal
Parmi les 250 milliardaires californiens, certains "tirent leur fortune de la tech" – ils sont soit dans le logiciel, soit dans les semi-conducteurs. On peut penser à Nvidia, Google, évidemment Facebook, Oracle, etc.", explique François Geerolf. Ainsi, quatre des cinq premières richesses du monde se trouvent dans cet État. La taxe répondrait moins à une volonté de "réduire les inégalités" et davantage à celle de "trouver de l'argent dans un contexte où l'on a du mal à en trouver", à la suite des "coupes budgétaires très importantes de l'État fédéral sur les programmes de santé, pour les plus pauvres notamment".
La taxe envisagée, de "5 % sur cinq ans, donc de 1 % par an", est une taxe exceptionnelle, c'est-à-dire qu'elle ne doit affecter les milliardaires concernés qu'une "fois dans leur vie", explique François Geerolf. Si 5 % peuvent apparaître comme un chiffre important, il doit donc être relativisé par le fait qu'il s'agirait de quelque chose de ponctuel, analyse l'économiste. Il estime cependant que le risque d'exil fiscal existe tout de même.
Complexité juridique et enjeux de concurrence
François Geerolf rappelle que "la notion de résidence fiscale est assez complexe", puisqu'elle inclut "le fait de passer une majorité de son temps dans un État, mais aussi le fait d'avoir des liens familiaux, des liens économiques, sociaux, et tout cela est difficile à déterminer". Ces milliardaires pourraient donc, "a priori, garder une partie significative de leur activité dans la Silicon Valley tout en étant résident fiscal d'un autre État".
Pour l'économiste, "l'idéal serait une taxation des États-Unis tout entier, et même au niveau mondial, pour empêcher la concurrence fiscale entre pays". Mais il se dit peu optimiste puisque la tendance, malgré des discussions il y a quelques années sur une potentielle "taxe mondiale sur les patrimoines", est plutôt au retrait vis-à-vis de ce genre d'initiatives.