Les Enjeux internationaux
Par Guillaume Erner
Publié le vendredi 19 juin 2026 à 07:17
Myriam Bregman : l'opposition d’extrême gauche à l'heure Milei
Guillaume Erner reçoit aujourd’hui Myriam Bregman, avocate des droits humains, ancienne candidate à la présidentielle et figure du Front de gauche et des travailleurs–Unité (FIT-U).
Avec
Myriam Bregman
Femme politique argentine d’extrême-gauche, députée du Front de la gauche et des travailleurs, avocate
Avocate des droits humains, ancienne candidate à la présidentielle et figure du Front de gauche et des travailleurs-Unité (FIT-U), Guillaume Erner reçoit aujourd’hui l’une de figures les plus populaires de la classe politique en Argentine et l’une des plus grandes représentantes de l’opposition. Myriam Bregman revient sur les cinquante ans du coup d'État de 1976, la bataille autour de la mémoire de la dictature, les politiques de Javier Milei, et les défis de la gauche argentine.
Une critique politique du gouvernement Milei et de l’héritage de la dictature
Myriam Bregman est une figure "d’extrême gauche" faisant partie d’un "front de quatre partis trotskistes" en Argentine. Elle explique l’émergence d’"un phénomène totalement nouveau" depuis quelques mois avec une progression de son mouvement et une image très positive dans les enquêtes d’opinion. Pour la députée, cela signifie que "toute la lutte que nous avons eue contre Milei commence à être reconnue", lutte menée dans un moment où les autres forces politiques considéraient "qu’il fallait le laisser gouverner" ou accepter "que la société était droitisée".
Avocate spécialisée dans les droits humains, Myriam Bregman "participe dans les premiers procès contre les génocides dans notre pays". Elle accuse notamment le gouvernement de Milei d’être "un gouvernement négationniste, qui nie les crimes de la dictature dont la population a été massivement victime lors de ses 50 années" et notamment de "nier le chiffre des disparus". En effet, la dictature argentine a été marquée par la figure des "disparus", qui sont "des gens qui ont été arrêtés, mais disparus ensuite, ils ont été kidnappés, et l'État n'a jamais donné une information sur leur destin", explique Myriam Bregman.
Une alternative économique et sociale fondée sur la défense des travailleurs
Pour Myriam Bregman, Javier Milei a été porté au pouvoir par le rejet des gouvernements précédents et par la crise économique, et non "pour sa position sur la dictature". Elle souligne qu’aujourd’hui, son action économique repose sur "un phénomène de concentration économique" où "les secteurs les plus riches sont chaque fois plus riches et ceux qui travaillent sont chaque fois plus pauvres". Selon elle, "il a réussi à juguler l’inflation", mais cela repose notamment sur le gel des salaires et sur une dégradation des conditions de vie des travailleurs.
Face à cette situation, Myriam Bregman explique que son mouvement "aurait fait tout le contraire" de Milei. Il aurait cherché à "garantir les salaires, les retraites" et aurait "attaqué les intérêts de l’économie concentrée", contrairement au gouvernement Milei qui est "en faveur du pouvoir économique et de l’économie concentrée". Concernant la dette extérieure, une question "centrale" pour Myriam Bregman, elle considère que celle-ci est en réalité une "arnaque qui vient de la dictature militaire qui a été financée par le biais d’accords avec le FMI". Plus largement, elle appelle à "dépasser l’expérience du péronisme" et à construire "un nouveau parti de la classe des travailleurs" afin d’"unir la classe des travailleurs qui est précarisée et beaucoup plus féminisée".